Témoignage d’une théâtreuse tombée en Qi Gong
Extrait
du bulletin n°36 de février 2019 de l'Union Pro Qi Gong FEQGAE
J'étais
alors membre du CA.
"Je
dois d'avoir pu m’exprimer dans ce bulletin à Walter Peretti, alors Président de l’Union Pro Qi Gong, qui
m’y a invitée, suite à une conversation autour des parallèles que j’établissais
entre le Qi Gong et le Théâtre.
Je
suis, une femme de théâtre qui, un jour, a découvert qu’elle pratiquait le Qi
Gong sans le savoir, la Madame Jourdain de la pratique en quelque sorte.
J’ai
longtemps dirigé un cours d’art dramatique et enseigné, entre autres, (ados et adultes), à des
jeunes scolarisés à l’école Louis Rognoni, l’école des enfants du spectacle,
école accueillant des jeunes scolarisés à mi-temps afin de leur
permettre de suivre une formation artistique en dehors des heures d’école.
À
l’origine, cette école, fut créée pour permettre aux très jeunes comédiens de
pouvoir jouer le soir sans s’inquiéter d’avoir à aller à l’école le lendemain
matin.
J’ai
signé quelques mises en scènes, dont trois marquantes, celles d’Opéras
populaires de Sergio Ortega, à l’occasion de la commémoration des 200 ans de la
Révolution française. Ces créations ont bénéficié du label officiel du
bicentenaire et regroupaient chacune entre 800 et 1000 personnes, de tous âges,
tant amateurs que professionnels.
Ce
fut une expérience inouïe, du genre qui marque une carrière, expérience qu’il
serait impossible de vivre à l’heure actuelle étant donné les budgets alloués
aux villes pour la culture.
Ce
devait être en 1985 ou 86, une de mes élèves me dit un jour :
« C’est étonnant, ce que tu nous fais faire ressemble à du Qi Gong ! » Ne sachant pas alors ce qu’était le Qi Gong, j’ai cherché, j’ai trouvé et naturellement je me suis inscrite à une formation. Je pense que j’ai eu beaucoup de chance, le jour où pour la première fois j’ai rencontré le Dr Jian Liu Jin.
Le chemin de la vie nous mène à rencontrer qui nous devons.
À
l’époque, la formation se déroulait sur trois ans et, afin de nous préparer au
mieux à donner des cours, nous y abordions le sujet des déviations ainsi que
les principes de précautions pour les éviter.
J’ai
obtenu mon diplôme, puis celui de la FEQGDA, puis la validation officielle des acquis.
Depuis, j’anime des cours, je
continue ma quête. J’ai poursuivi mon chemin de recherche en Qi Gong, sans
abandonner ce que j’étais dans ma façon d’aborder l’enseignement du théâtre.
Comment
ne pas influencer une discipline avec l’autre sans créer en soi une dichotomie
qui réduirait la pratique des deux à néant ? Ce serait là une réelle
déviation, car j’en suis persuadée, on ne peut enseigner que ce que l’on est.
Un chemin d'indépendance
Mon
chemin est singulier, entendons par là que j’ai toujours été indépendante.
En
théâtre aussi nous avons des maîtres apparentés gurus, des personnalités fortes
et de qualité sans doute. Mais mon esprit plus ou moins libertaire, m’a
toujours amenée à me méfier, non pas de ce qu’ils savent et peuvent
communiquer, mais de ma possible propension à me laisser aller à les suivre les
yeux fermés.
Les maîtres incarnés sont encore des humains et, quoi qu’il en
soit de leur avancée qui mérite le plus grand respect, ils ne possèdent pas
tout le savoir. Le savoir est contenu dans ce vaste espace énergétique qui nous
englobe, crée et nourrit jusqu’au moindre brin d’herbe à qui nous sommes liés.
D’aucuns pourront l’appeler bibliothèque Akashique, d’autre Wu Ji ou encore la
grande Soupe Primordiale. Quel que soit le nom qu’on lui donne, tout en est
issu. Un brin d’herbe, comme n’importe quelle petite chose en apparence modeste
de la nature peut, l’espace d’un instant, devenir notre maître et c’est un
grand honneur que d’être enseigné par lui.
Il
me semble que c’est une déviation que de suivre aveuglément un maître, lequel
d’ailleurs, s’il l’est vraiment, le dit dans son enseignement. Mais là encore,
prudence, le chemin initiatique peut être pavé de fausse modestie.
Quel
danger à pratiquer une discipline comme le Qi Gong ?
Faire du théâtre
semble apparemment sans danger, mais là comme ailleurs, il existe aussi des
dérives, des déviations. À preuve
de « soit disants Maîtres » amenant leurs disciples à s’isoler,
à jeûner, à se mortifier pour mieux « sentir » leur personnage, de
quasi-sectes avec leurs dogmes, leurs protocoles qui axent la formation autour
de la contrainte.
Il en découle que la
pratique de certaines techniques mal maîtrisées, mal adaptées amène certains
élèves à connaître des failles psychologiques ou physiques… Là encore, comme en
Qi Gong, sur une base de stress, dont le centre d’agitation est la
tête, une énergie trop centrée au niveau de celle-ci va provoquer une
kyrielle de problèmes plus ou moins sévères allant du vertige à la nécessité de
consulter un psy.
Pire encore, la dépression engendrée par ces dérives hasardeuses
peut mener à l’alcoolisme et/ou au suicide. Inutile de citer des exemples,
chacun a en tête des célébrités concernées par cela.
Alors on se demande :« Il (ou elle) réussissait si bien, pourquoi en est-il (elle) arrivé (e) là ? »
Peut-être à cause
d’une méconnaissance de la façon de maîtriser son art. Celle-ci, liée à
d’éventuelles difficultés personnelles, peut mener au désespoir. Être une star
ne protège pas de cela. Il faut avoir vécu la traversée du no man’s land qui
succède à l’extinction des lumières, alors que la salle s’est vidée et que l’on
quitte le costume et le maquillage, pour comprendre ce qu’est la fragilité d’un
comédien ou d’un acteur.
Incarner un personnage, dans le feu de l’action, être
grisé par lui, par le contact avec le public et redescendre brusquement dans ce
vide de l’après et se retrouver seul,
m’a amenée à réfléchir sur la façon de pouvoir s’en libérer
rapidement. Car la scène quittée,
il est indispensable de se retrouver soi, dans sa propre vie et ne pas
connaître cette sorte de dépression que l’on pourrait comparer à la dépression
post-natale.
Créer n’est pas un acte anodin.
Comme le disait
Prévert, « il ne faut pas jouer
avec les allumettes », le feu est enivrant, mais il consume. Pourtant que
de bienfaits il apporte à l’humanité !
Que ce soit le maçon
qui devient compagnon du tour de France pour s’aguerrir ; le violoniste
qui fait ses gammes pour améliorer son geste ; le chanteur qui vocalise
pour trouver sa voix ; le peintre qui croque ses sujets pour se rapprocher
de plus en plus de l’esquisse ; le comédien qui s’exerce à toujours rendre
son corps et son esprit plus sensibles par son entraînement ; le
pratiquant de Qi Gong en recherche de l’harmonie ; c’est le travail, la
répétition du geste, physique et psychologique, qui va leur permettre de se
réaliser, de libérer ce trésor enfoui en eux pour le partager.
Le Qi, même s’il
est naturel, ne pourra jamais s’épanouir sans la patience qui mène à la
maîtrise de son art. Je vais paraphraser Brassens « un don n’est rien
qu’une sale manie si on ne le travaille pas » je rajouterais : un vrai
danger si on ne le respecte pas.
Le
Qi on va le rechercher sans jamais le retenir et le moindre geste d’accueil,
physique ou psychologique, va le mettre en circulation librement. C’est lui qui
va permettre d’abolir les frontières supposées entre soi et l’extérieur. J’y
reviendrai.
Il
y a beaucoup de correspondances entre le Qi Gong et la méthode
d’enseignement du théâtre que j’utilise, où l’on parle de l’énergie du
comédien, de geste psychologique, de centre force.
En Qi Gong, le Qi est le
moteur, l’accompagnateur, le formateur, le créateur, le révélateur, celui qui,
par le travail, construit et nourrit l’Être dans toutes les dimensions de sa
manifestation. C’est lui qui va affiner, dégrossir, faire s’épanouir l’individu
l’harmoniser, le ramener à sa racine qui n’est autre que la Nature.
Au
théâtre, c’est encore lui qui va faire rayonner, émouvoir, partager. Et pour
acquérir cela, au théâtre comme au Qi Gong, il va falloir répéter et répéter
des gestes jusqu’à satisfaction afin d’être capable d’unifier son corps, son souffle et son esprit.
Sans cette harmonie, il ne peut y avoir ce charisme qui permet au comédien
d’occuper l’espace.
L’enracinement (ancrage)
Pour la voix déjà,
nous avons besoin de l'ancrage, la terre est notre nature profonde, ce
n’est pas un hasard si, dans le corps, elle se situe au niveau du ventre
(Périnée, Dan Tian) jusqu’à la taille, (Diaphragme – Rate-pancréas/Estomac). C’est là que l’on doit
se centrer pour trouver l’équilibre et s’assurer de ne pas se perdre dans des
hauteurs qui nous dépassent.
La démarche d’une
personne révèle son état de stress.
Si vous observez les passants qui marchent
dans la rue, vous reconnaîtrez les gens stressés à leur démarche sautillante.
Car sautiller n’est pas de la Terre mais de l’entre-deux, comme l’oiseau qui se
situe entre Terre et Ciel. L’humain quant à lui, pour conquérir le ciel auquel
il aspire, doit impérativement s’installer dans le poids pour un jour trouver
cette légèreté intérieure qui monte de la racine vers les étoiles en ouvrant
grand les portes, au demeurant illusoires, qui le séparent de l’extérieur.
Ce que nous ne
voyons pas n’existe pas
Ce que nous ne
ressentons pas, ce que nous ne voyons pas (notre dos par exemple) n’existe pas
pour beaucoup, et pourtant c’est la conscience de ce que nous sommes au travers
de notre géographie corporelle qui peut nous libérer de l’illusion.
Se
considérer comme une entité individuelle, différenciée de l’espace extérieur,
est illusion car nous sommes des êtres de vibration totalement liés à l’espace
qui nous baigne.
Nous influençons cet espace autant que nous sommes influencés
par lui. Il n’y a pas jusqu’à la moindre pensée qui ne puisse être perçue
(souvent de façon inconsciente) par ceux que l’on croise ou qui nous
accompagnent dans la vie. En
Qi Gong ou sur la scène c’est la même chose.
Conscience du corps, tensions et circulation du qi en qi gong et au théâtre
Pratiquer
le Qi Gong avec cette image tronquée de nous-même va produire des tensions
musculaires, bloquer l’harmonieuse circulation du Qi et nous amener à forcer.
D’où la nécessité de bien prendre conscience de ce corps et de le respecter, de
rester à son écoute pour éviter tout désagrément.
Sur
scène il est tout aussi important d’en tenir compte afin que les personnages
que nous incarnons soient crédibles et ne sombrent pas dans une lourdeur
d’interprétation insupportable.
On ne contraint pas, on compose, on avance comme l’eau du ruisseau lorsqu’elle se trouve face à un obstacle et le contourne.
Au cours de sa traversée dans notre géographie corporelle, le Qi,
comme l’eau du ruisseau, rencontre beaucoup d’obstacles qu’il doit intégrer,
contourner pour poursuivre sa route. C’est par l’écoute et le respect de notre
corps qu’il est possible de réaliser cela.
Si l’on prend 15 personnes, aucune
ne réalisera un geste stéréotypé si elles sont à l’écoute de leur corps. Nous
avons chacun un passé de plaies et de bosses qui nous ont marquées, avec
lesquelles nous nous sommes construits et qui font que nous sommes tous différents.
Le geste, c’est de l’intérieur qu’il faut le voir. Trop codifier un geste, à
mon sens, c’est dévier, c’est forcer, c’est tenir, c’est l’inverse de ce qui
est recherché tant en Qi Gong qu’en Art Dramatique.
Un exemple, le clown qui
donne l’impression de tomber comme un gros lourdaud le fait en souplesse, animé
d’une grande légèreté intérieure. Il faut beaucoup d’entraînement pour arriver
à cette maîtrise.
La pensée amie ou traîtresse ?
Le
public, s’il entend ce qui se dit sur scène, entend encore plus fort ce qui s’y
pense.
Si un comédien n’est pas mu par la pensée de son personnage, il met son
public mal à l’aise, simplement parce que son corps diffuse naturellement la
réalité de ses pensées. Ceci explique pourquoi, dans la vie de tous les jours, nous
ressentons parfois un malaise lorsque la bouche d’un interlocuteur nous dit une
chose qu’il ne pense pas, simplement parce que son corps, par sa gestuelle,
trahit sa pensée.
Quoi
que dise la bouche, le corps exprimera toujours la vérité de la pensée, cette
déviation-là, car s’en est une, se nomme disharmonie. S’en suivent le mal-être
et la maladie.
Dans
la pratique du Qi Gong, lorsque la pensée accompagne trop fort le mouvement,
démontrant une volonté de tenir, ce que l’on peut noter lorsque le front se
plisse, il y a risque de déviation, de saturation, de blocage énergétique
pouvant se traduire tant sur le plan physique que mental.
De
la même façon, un regard qui ne peut se centrer, qui observe autour de lui,
dénote que le pratiquant n’est pas à ce qu’il fait, qu’il est extérieur à sa
pratique. Aucun risque de déviation ici, mis à part l’inutilité de la pratique.
Cela indique aussi que la personne se situe dans le refus ou est animée par la
peur du ridicule, ou encore qu’elle ne peut s’empêcher de porter son propre
regard sur elle. Animée par la crainte de se livrer cela dénote aussi un grand
manque de confiance en soi.
Les masques
Dans
la vie, beaucoup portent des masques, certes ils sont invisibles, ce n’est pas
comme au théâtre, ces masques-là sont pour se protéger, se cacher, correspondre
à l’image voulue par l’éducation...
Mais dans la vie, comme au théâtre, le
masque ne cache pas, il révèle.
Animer
un stage autour du masque, peut se révéler dangereux car le masque provoque une
sorte de désinhibition qui nécessite une grande vigilance de la part de celui
qui pilote l’atelier. En exagérant à peine, le travail du masque pourrait être
comparé au Qi Gong spontané, un risque de voir le Qi s’emballer et échapper à
tout contrôle.
Bref,
tout dans notre vie est énergie.
Que l’on en soit conscient ou non le Qi nous
baigne, l’ignorer est déjà une déviation. Le risque nous accompagne de la
naissance à la mort. Nous marchons et sans cesse apprenons à marcher, à trouver
équilibre et harmonie.
La
nature de l’homme
Il apparaît
indispensable, aujourd’hui plus que jamais, d’avoir cette conscience d’être « partie de la
nature » pour maintenir la vie de l’humanité sur la Terre.
Notre corps
porteur du souffle et de l’esprit, tous trois
indivisibles, nous transporte durant notre traversée terrestre. C’est en lui
que se situent l’art du Qi Gong, celui du théâtre.
Cesser
de correspondre à une image, accepter ce que l’on est, s’accepter est le
meilleur moyen de découvrir ce que nous sommes réellement.
Cette
véritable quête du Graal passe par l’acceptation du cycle des transformations,
à ce prix est l’harmonie.
Au
théâtre, si l’on ne se situe pas dans l’harmonie, si l’on ne maîtrise pas les
techniques, un personnage violent, hystérique, va finir par prendre toute la
place dans la vie de son interprète, et le conduire assurément chez le psy.
Cela
arrive parce que l’interprète aura construit son personnage de façon trop
cérébrale, le tenant trop fort avec l’idée de le sublimer, l’emportant partout
avec lui pensant mieux le servir et au final, rongé par cet hôte envahissant,
sa vie et celle de ses proches devient insupportable. Cela est une déviation.
La
maîtrise d’un personnage fort, nécessite d’avoir les connaissances énergétiques
nécessaires pour ne pas se laisser dépasser et savoir le quitter à volonté. Il
y a des techniques spécifiques pour y arriver.
Investir un personnage fort, sans
connaissances énergétiques est donc risqué. Que
l’on en ait conscience ou non, toute création est énergie.
Doit-on, parce que l’on ne maîtrise pas l’outil, abandonner la discipline ?
Bien
sûr que non ! Bien au contraire. Pas plus en Qi Gong qu’en Art Dramatique.
Un comédien capable d’investir corps et âme un personnage possède toutes les
qualités requises pour devenir un grand artiste. À lui d’apprendre à maîtriser
son art et réaliser son rêve.
Laisser
monter en soi les émotions, ne pas s’en étouffer, les mettre à distance afin
que le public les reçoive, cela ne se peut sans une pratique énergétique bien
maîtrisée, sans ce don d’enfance qui vous met instantanément dans le jeu et
vous en retire tout aussi instantanément. C’est la pratique des acteurs de
cinéma, quand ils ne sont pas engoncés dans leur volonté de jouer, ce qui
arrive parfois et les rend lourds.
Comme
le meilleur nageur, le meilleur comédien ou acteur se laissera porter par la
vague, afin de poursuivre sa route sans heurts inutiles.
Se
couler ainsi dans la vie, dans toutes nos pratiques, ne peut se faire sans
l’ouverture, sans l’accueil.
Accueillir est aux antipodes de tenir, de retenir.
L’accueil tient dans le sourire intérieur, dans la respiration du parfum de
l’air qui nous ouvre et nous abandonne aux souffles qui nous traversent. D’ailleurs nous ne tenons et
ne retenons jamais rien, encore une illusion ! Nous bloquons jusqu’à
casser.
Que
sommes-nous par rapport à la nature, à ses souffles, à ses forces ?
Une
infime particule vouée à l’échec si elle n’accepte pas sa faiblesse, si elle ne
se reconnaît pas du Tout, si elle ne fait pas de sa faiblesse une vraie force,
la force de ceux qui s’abandonnent.
Le Qi de l’espace nous entoure, nous traverse, nous nourrit à la
condition de ne rien faire pour tenter de le retenir, même si un objectif de la
pratique est de le renforcer. On
ne le prend pas, telle une alluvion, il nous traverse, dépose ce qui nous
convient puis continue sa route.
La vibration de vie nous place dans un échange permanent avec ce qui
nous entoure, s’y abandonner est selon moi, le don d’enfance qui peut illuminer
nos vies.
Pour
clore je dirais que, quoi que l’on fasse, du théâtre, du Qi Gong, du sport, de
la plongée jusqu’à la vaisselle ou le ménage, la vie est un chemin
d’expériences, un chemin dangereux qui peut s’arrêter ou dévier à chaque
instant, un chemin de découvertes, un chemin enrichissant, un chemin de
métamorphoses.
Il est stupide de penser que l’individu ne peut changer, nous
changeons sans cesse, c’est la seule loi qui soit certitude, tout change tout
le temps.
Alors,
selon mon expérience, le Qi Gong est un outil merveilleux pour avancer sur ce
chemin de vie en conscience d’être de la nature à chaque instant de la vie.
Le
pratiquant de Qi Gong est comme un arbre, lorsqu’il est bien enraciné, il
peut alors toucher les étoiles sans risque à se laisser malmener. Il peut
traverser la tempête sans opposer de résistance, mais en se retirant dans le
lâcher prise, ce qui est encore la meilleure façon de se protéger et de
vaincre.
Naître nous expose au danger, cela devrait-il nous empêcher de vivre,
de découvrir, de chercher donc de prendre des risques ?
Certes non !
La vie est un grand apprentissage de la marche ponctuée de chutes et
d’avancées, c’est ainsi que je vois et le Théâtre et le Qi Gong. Chaque bosse
témoigne d’un enrichissement.
Alors
non, le Qi Gong n’est pas dangereux, pas plus dangereux que l’Art Dramatique, à
condition que l’on en respecte les quelques règles fondamentales liées au
principe de précaution, et qui passent bien évidemment par l’information et la
formation des enseignants.
Pour
conclure, et là j’imagine que je vais sans doute heurter quelques sensibilités,
je dirais que plus j’avance sur mon chemin de vie d’occidentale, plus j’en suis
convaincue, le Qi Gong est meilleur si on le pratique dans l’immanence et non
dans la transcendance.
Parce que la transcendance suggère le plus souvent un
haut vers lequel nous cherchons à nous élever, et qui nous domine. Ce haut-là, c’est symboliquement
à mes yeux la toute-puissante tête qui s’exprime en premier lieu par la
négation du corps. C’est ainsi que naissent les troubles mentaux, la déviation
liminaire, tentaculaire qui perturbe tout, de l’individu à la société, car être dominé implique une forme d'infantilisation qui génère la peur et la peur le besoin d'être protégé et de se construire des chapelles.
Au
contraire l’immanence nous situe dans la fusion totale au Tout qui est en nous,
autour de nous, en ce point où il n’y a plus ni haut, ni bas, le point source
de l’indéfini où l’on baigne, où tout baigne, ce point à la fois immense et
inexistant dont nous sommes partie au même titre que tous les êtres de la
nature avec lesquels nous sommes indifférenciés.
L’immanence nous situe dans la
grande vibration cosmique.
Adamante